Les Guerrilla Girls : Ces activistes masquées qui bousculent l'art !
Alliant humour grinçant, anonymat radical et statistiques percutantes, ce collectif de femmes activistes dénonce le sexisme et le racisme systémiques des plus grandes institutions culturelles.
Les Guerrilla Girls ne sont pas seulement un collectif d’artistes ; elles sont le visage (sous un masque de gorille) de la résistance contre les discriminations dans le monde de l’art. Formé à New York en 1985, ce groupe de femmes anonymes utilise l’humour, les statistiques et le graphisme pour dénoncer le sexisme, le racisme et la corruption institutionnelle.
L’origine du collectif : Une réponse au mépris du MoMA
Tout commence en 1984, lorsque le Museum of Modern Art (MoMA) de New York inaugure l’exposition “An International Survey of Recent Painting and Sculpture”. Le constat est accablant : sur 169 artistes, seules 13 sont des femmes. La diversité ethnique est quasiment inexistante.
Face à ce mépris systémique, un groupe de femmes artistes décide de protester devant le musée mais sans réels effets. Elles réalisent alors que les manifestations classiques ne fonctionnent plus et choisissent une approche plus radicale : l’activisme anonyme et l’humour grinçant. Le nom de Guerrilla Girls vient du rapprochement des mots anglais “gorilla” (gorille) et “guérilla” en espagnol.
Les 3 piliers de l’activisme des Guerrilla Girls
Pour déconstruire les codes de l’art contemporain, le collectif repose sur une identité visuelle et symbolique forte :
Les masques de gorille : Elles portent des masques de gorille lors de leurs apparitions publiques pour que l’attention se porte sur leurs idées et non sur leur apparence physique. Le masque leur permet également de rester anonymes et protéger leurs carrières d’artistes.
Les pseudonymes d’artistes décédées : pour préserver leur anonyma, chaque membre utilise le nom d’une artiste femme décédée (ex: Frida Kahlo, Käthe Kollwitz, Claude Cahun, Diane Arbus, Hannah Höch, Rosalba Carriera, Gertrude Stein) pour honorer leur mémoire et rappeler leur invisibilisation historique.
Les “Affiches Chocs” : En détournant les codes de la publicité, elles créent des visuels percutants basés sur des données chiffrées.
Le saviez-vous ? Leur affiche culte de 1989 demandait : “Faut-il que les femmes soient nues pour entrer au Metropolitan Museum ?”. À l’époque, moins de 5 % des artistes étaient des femmes, mais 85 % des nus exposés étaient féminins. En 2012 les pourcentages étaient respectivement de 4 % et 76 %.
“Weenie Counts” : L’art de la statistique comme arme militante
Le collectif ne se contente pas de slogans ; il mène de véritables enquêtes de terrain, les “weenie counts” (comptage de quéquettes). En arpentant les galeries du MoMA ou du Met, elles établissent le ratio hommes/femmes parmi les œuvres exposées.
Si leurs actions ont commencé par de l’affichage sauvage dans les rues de New York, elles ont aujourd’hui réalisé plus de 100 projets mondiaux, incluant des livres, des vidéos et des conférences. Ironie du sort (ou preuve de leur impact), des institutions comme la Tate Modern collectionnent désormais leurs œuvres.
Un féminisme intersectionnel et précurseur du mouvement #MeToo
Bien avant que le terme ne devienne courant, les Guerrilla Girls pratiquaient un féminisme intersectionnel. Elles ne luttent pas uniquement pour les femmes blanches, mais dénoncent l’absence d’artistes racisés (Noirs, Latinos, Asiatiques) et critiquent l’emprise des milliardaires sur les récits historiques. Elles critiquent également le rôle de l’argent et des collectionneurs milliardaires qui contrôlent les musées et dictent ce qui a de la “valeur”. Elles ont également mené des campagnes contre le manque de réalisatrices à Hollywood ou contre les politiques conservatrices.
L’humour comme outil de subversion
L’une de leurs forces est de rendre le féminisme “drôle et chic”. Leur affiche “Les avantages d’être une femme artiste” utilise le sarcasme pour souligner la précarité : “Travailler sans subir la pression du succès” ou “Avoir l’opportunité de choisir entre une carrière et la maternité”. En utilisant le sarcasme, elles rendent leur message viral et plus difficile à ignorer ou à rejeter comme étant simplement “agressif”.
Dénoncer les prédateurs sexuels dans les musées
Aujourd’hui, à l’ère post-#MeToo, le collectif continue de frapper fort. En 2018, elles publient “Trois façons d’écrire un cartel de musée quand l’artiste est un prédateur sexuel”, pointant du doigt la complaisance des institutions envers les “génies” masculins malgré leurs actes de harcèlement.
Pourquoi l’héritage des Guerrilla Girls est-il essentiel aujourd’hui ?
L’existence des Guerrilla Girls prouve qu’il est possible de mener un combat politique sérieux avec une esthétique décalée. En changeant les codes de la protestation, elles ont forcé les musées à se regarder dans un miroir et à entamer une lente transformation vers plus d’équité.
Sources :
https://www.guerrillagirls.com/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerrilla_Girls






