Jacques Legros et la "Valeur Travail" : Analyse d’un contresens sociologique
De la "valeur morale" à l'aliénation marxiste : Réponse à la vision néolibérale de Jacques Legros.
Jacques Legros, figure emblématique du paysage audiovisuel français, officie désormais comme néo-chroniqueur pour l’émission Estelle Midi sur RMC. Après 26 ans au 13h de TF1, il a récemment proposé une analyse du travail qui mérite un décryptage approfondi. Entre confusion morale et méconnaissance des réalités prolétariennes, voici pourquoi sa vision du travail pose problème.
Le travail est-il une valeur morale ou marchande ?
Lorsqu’il évoque la « valeur travail », Jacques Legros la pose d’emblée comme une valeur morale. Pourtant, comme l’explique Bertrand Mertz sur Blast, il existe une distinction fondamentale :
La valeur morale est un critère de choix (amour, amitié, solidarité) qui échappe à toute tarification.
Le travail, à l’inverse, possède un prix : il s’achète et se vend sur un marché.
Affirmer que le travail est une valeur morale est un contresens : le travail est une transaction, pas une vertu désintéressée.
La “valeur loisir” face à l’aliénation marxiste
Pour appuyer son propos, Jacques Legros fustige une prétendue « valeur loisir » qui aurait remplacé la valeur travail. Mais que répondre aux travailleurs qui subissent chaque jour un travail aliéné au sens marxiste du terme ?
L’aliénation ne relève pas de la paresse, mais d’une dépossession structurelle :
Dépossession du produit : Les travailleurs ne possèdent pas ce qu’ils produisent ; leur effort se transforme en capital entre les mains du patronat.
Mise en concurrence et précarité : Les salariés sont opposés entre eux et aux nouvelles technologies, un processus qui précarise plus qu’il ne libère.
Du Taylorisme à la fétichisation de la marchandise
Cette organisation du travail repose sur une division technique héritée du Taylorisme. En uniformisant les tâches, on rend les travailleurs peu qualifiés, donc interchangeables et plus facilement exploitables.
Le travail devient alors une tautologie : nous travaillons pour travailler. L’utilité réelle de la production s’efface devant le “sacro-saint” PIB. C’est ici qu’intervient la fétichisation de la marchandise : la valeur d’échange semble intrinsèque à l’objet, occultant totalement l’activité humaine réelle et la souffrance nécessaire à sa création.
Le travail forcé et la consommation du temps libre
Le travail actuel n’est pas volontaire, il est forcé. Nous ne choisissons ni nos horaires, ni la finalité de notre production, car nous ne possédons pas l’outil de travail. Cette réalité pousse les travailleurs à ne se sentir “eux-mêmes” qu’en dehors de leur activité professionnelle.
Paradoxalement, le capitalisme et le néolibéralisme ont colonisé cet espace :
Le temps libre est transformé en temps de loisir marchand.
Ce temps doit être rentabilisé dans une quête de paraître et une compétition d’image.
Conclusion : Une vision de classe
En conclusion, l’analyse de Jacques Legros semble ignorer les mécanismes profonds de la souffrance au travail. Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est la transformation de l’activité humaine en une marchandise travail que nous devons quémander sur le marché.
Cette forme de travail, loin d’être un idéal moral, est précisément celle voulue par la classe bourgeoise pour maintenir ses privilèges. Non, Monsieur Legros, le travail n’est pas une valeur en soi, c’est un rapport de force dont la majorité des travailleurs est aujourd’hui dépossédée.
Sources :
https://www.blast-info.fr/articles/2023/non-le-travail-nest-pas-une-valeur-oQe8mgyBTbyAmZcoW2t8Cg
https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9tichisme_de_la_marchandise



