Brigitte Bardot : Pourquoi son héritage est loin de faire l'unanimité
Écofascisme et héritage colonial : l'autre visage du combat de Brigitte Bardot.
L’icône du cinéma français et figure de proue de la défense animale, Brigitte Bardot, s’est éteinte le 28 décembre 2025. Si son nom reste indissociable d’une certaine idée de la France, sa disparition ne laisse pas le vide que l’on pourrait imaginer. Derrière le mythe de “B.B.” se cache une personnalité dont les prises de position ont profondément divisé la société.
De l’icône mondiale à la militante de la cause animale
Révélée par le film « Et Dieu… créa la femme », Brigitte Bardot a d’abord incarné la liberté et la sensualité, brisant les codes de la bourgeoisie des années 50. En 1973, en pleine gloire, elle met fin à sa carrière pour se consacrer exclusivement aux animaux.
Grâce à sa Fondation Brigitte Bardot, elle obtient des victoires législatives majeures :
Interdiction de l’importation des peaux de bébés phoques.
Obligation d’étourdissement avant l’abattage.
Interdiction de la vente de chiens et chats en animalerie.
Cependant, ce combat pour le vivant semble s’être arrêté aux frontières de l’humain.
Un parcours marqué par des déclarations réactionnaires
Dès les années 70, Bardot multiplie les sorties acerbes. Elle s’attaque au Mouvement de Libération des Femmes (MLF), jugeant le féminisme « idiot », et critique plus tard le mouvement #MeToo. Ses propos sur l’homosexualité, qualifiée de « parodique », ainsi que son soutien à des personnalités accusées d’agressions sexuelles, comme Gérard Depardieu, ont terni son image d’icône de l’émancipation.
Racisme et condamnations : le côté sombre de B.B.
Le véritable point de rupture réside dans ses sorties racistes et xénophobes. Entre 1997 et 2008, elle est condamnée à cinq reprises pour provocation à la haine raciale ou religieuse. Ses cibles ? L’islam, l’immigration et le métissage, qu’elle percevait comme un « appauvrissement ».
En 2019, elle choque à nouveau en qualifiant les Réunionnais de « population de dégénérés » aux « gènes sauvages ». Cette posture, qualifiée par certains de coloniale ou d’écofasciste, révèle une vision du monde où la hiérarchie des êtres est dictée par des préjugés violents.
L’imbrication du racisme et de l’animalisme
Comme le souligne l’écrivaine Kaoutar Harchi, il existe chez Bardot une fusion entre sa défense des animaux et son rejet de l’autre. Elle utilise un vocabulaire dévalorisant pour « animaliser » les personnes racisées tout en sacralisant la souffrance animale. C’est ce qu’Antoine Dubiau décrit comme une posture politique où l’animalisme sert de paravent à une idéologie d’exclusion.
L’empathie sélective : pourquoi le mythe survit
Malgré ces « immondes controverses » et ses soutiens répétés à l’extrême droite (Rassemblement National, Vladimir Poutine), Bardot bénéficie souvent d’une forme d’immunité médiatique.
Le concept d’empathie sélective, développé par Samah Karaki, explique ce phénomène : la nostalgie d’une époque ou l’amour des animaux pousse une partie de l’opinion à « oublier » les offenses racistes. Notre empathie devient alors une « mauvaise boussole morale », préférant le mythe familier à la justice sociale.
Conclusion : Un héritage sans remise en question
Brigitte Bardot n’aura jamais attaqué les causes profondes de la souffrance animale : un système capitaliste et néocolonial qui exploite les écosystèmes et les êtres vivants. En restant ancrée dans des rapports de domination (racisme, spécisme), elle laisse derrière elle un héritage complexe, entre militantisme sincère et haine de l’autre.
Pour toutes ces raisons, son absence ne sera pas un vide, mais peut-être le début d’un militantisme animaliste plus inclusif et lucide.



